Titre : L’expertise — on la reconnaît à quoi, exactement ?
C’est une question que je me pose depuis longtemps. Et plus j’avance, plus je trouve qu’elle mérite d’être posée sérieusement — parce qu’on utilise ce mot beaucoup trop facilement.
L’expertise n’est pas une question d’années. On peut passer quinze ans dans un domaine sans jamais avoir vraiment poussé la réflexion. Sans avoir cherché, questionné, remis en cause ce qu’on croyait savoir. L’ancienneté n’est pas la profondeur. Et c’est la profondeur qui compte.
Ce qui caractérise l’expertise pour moi, c’est d’abord une exigence de fond. Avoir vraiment travaillé un sujet — par la recherche, par la pratique, par la réflexion. Pas seulement exécuté des tâches dans un domaine. Pensé. Interrogé. Développé une connaissance qui va au-delà de ce qu’on fait au quotidien.
Mais il y a une deuxième dimension que je trouve tout aussi essentielle : la transmission.
Un expert qui ne sait pas expliquer ce qu’il sait, c’est une expertise qui reste enfermée. La pédagogie n’est pas un bonus qu’on ajoute à la compétence — c’est une preuve de la compétence elle-même. Quand on maîtrise vraiment un sujet, on peut le rendre accessible, le simplifier sans le trahir, l’adapter à son interlocuteur. C’est d’ailleurs pour ça que l’enseignement supérieur fait appel à des praticiens — des gens qui vivent leur domaine au quotidien, pas seulement des chercheurs enfermés dans leur spécialité.
Un expert doit être les deux à la fois. Praticien et transmetteur.
Il y a aussi une troisième dimension, plus subtile : la reconnaissance. L’expertise publique passe souvent par des marqueurs formels — un diplôme, une certification, un titre. Mais ce n’est pas suffisant. Ce qui compte vraiment, c’est la reconnaissance par ses pairs. Avoir un niveau de connaissance et de réflexion qui dépasse ce que la majorité des gens dans ce domaine ont développé.
Personnellement, je me considère expert en outils psychométriques — par la formation, par la pratique, par le niveau de connaissance que j’ai développé sur différents outils. En accompagnement à la construction de projets professionnels. En Intelligence Projective — j’ai co-écrit un livre sur le sujet avec son créateur Jean-Louis Ferrein, issu d’un programme de recherche avec le Collège de France.
Sur d’autres domaines que j’ai traversés — le recrutement, le Customer Success, la conduite du changement — j’ai une vision, une pratique, un regard nourri par l’expérience. Mais l’expertise, c’est autre chose. Et je préfère être honnête sur cette distinction plutôt que de me réclamer d’une expertise que je n’ai pas pleinement construite.
Connecter des domaines différents, c’est une intelligence en soi. Voir comment une logique de CS ressemble à une logique d’accompagnement RH, comment la psychométrie éclaire ce que l’IA ne peut pas remplacer — c’est une vraie compétence. Mais ce n’est pas la même chose qu’être allé loin sur un sujet unique. Ce sont deux forces différentes. Et les deux ont leur valeur.
Ce qui me frappe, c’est que l’expertise est aussi un domaine en mouvement permanent. Dans les sciences humaines notamment, les connaissances évoluent. Ce qu’on sait aujourd’hui sera enrichi, parfois remis en cause demain. L’expert n’est pas celui qui a la réponse définitive. C’est celui qui a le niveau de réflexion suffisant pour naviguer dans la complexité du sujet — et continuer à apprendre.
Et vous — comment vous définissez l’expertise dans votre domaine ?
#ExpertiseProfessionnelle #PsychologieDuTravail #IntelligenceProjective
- “L’ancienneté n’est pas la profondeur.”
- “La pédagogie n’est pas un bonus. C’est une preuve.”
- “Un expert doit être praticien et transmetteur.”
- “Connecter des domaines différents, c’est une intelligence en soi.”