Titre : Ce que l’IA m’a appris sur moi
Pendant des années, j’avais une conviction simple : le code, c’était pour les autres. Pas une modestie de façade. Une conviction ancrée. Je gravitais autour des langages informatiques sans jamais y entrer vraiment. Je comprenais les mots sans comprendre la logique. GitHub, pour moi, c’était l’endroit où les développeurs Linux passaient leurs week-ends. Un territoire étranger, avec ses propres codes, ses propres rituels, ses propres habitants.
Je suis psychologue du travail. Mon territoire à moi, c’est l’humain. Les comportements, les motivations, les dynamiques de groupe, les projets professionnels. Pas les scripts. Pas les API. Pas les workflows automatisés.
Et puis j’ai commencé à construire des choses avec l’IA.
Pas pour apprendre à coder. Pour résoudre un problème concret : automatiser ma recherche d’emploi. Scraper des offres, les scorer, générer des CV personnalisés. Un besoin réel, une contrainte réelle, un délai réel. Pas un exercice de style.
L’IA était là pour faire avec moi. Pas pour expliquer. Pas pour donner un cours. Pour avancer, ligne par ligne, erreur par erreur. Je posais une question, elle proposait un bout de code, je testais, ça cassait, on itérait. Et un soir, le terminal a défilé. Le script tournait. Il scrapait, il envoyait, il générait. Tout seul.
Ce moment-là , je ne l’ai pas vécu comme une victoire technique. Je l’ai vécu comme une recalibration.
En travaillant sur Intelligence Projective®, j’ai passé du temps avec les travaux de Bandura. Le sentiment d’efficacité personnelle, le SEP, est un des concepts que j’ai creusé avec Jean-Louis Ferrein pour co-écrire notre livre. L’idée centrale de Bandura est d’une simplicité désarmante : ce n’est pas la compétence qui précède la confiance. C’est souvent l’inverse. On ne se lance pas parce qu’on se croit capable. On se croit capable parce qu’on a réussi quelque chose, une fois, dans ce domaine.
Le SEP ne se construit pas par la théorie. Il se construit par l’expérience de réussite. Une première, concrète, réelle. Pas simulée.
Ce soir-là , j’en avais eu une.
Ce qui m’a frappé ensuite, c’est la vitesse à laquelle le territoire a changé de statut. Pas “je suis développeur”. Pas “je maîtrise Python”. Juste : ce n’est plus interdit. Je peux y entrer. Je peux y construire des choses. Imparfaitement, avec de l’aide, en itérant. Mais y entrer quand même.
C’est ça que l’IA a changé pour moi. Pas les compétences. La permission.
Et je pense que c’est sous-estimé dans toutes les conversations sur l’IA et l’apprentissage. On parle de ce que l’IA peut faire à notre place. On parle peu de ce qu’elle permet de faire pour la première fois. De ces territoires qu’on avait rangés dans la case “pas pour moi” et qui s’entrouvrent parce qu’on n’est plus seul à franchir le seuil.
Bandura l’avait écrit bien avant que l’IA existe. La première expérience de réussite change la trajectoire. Ce n’est pas magique. C’est mécanique.
L’IA est peut-être, pour beaucoup de gens, la condition de cette première expérience. Pas un raccourci. Un accompagnateur de seuil.
Et vous, il y a un territoire que vous pensiez fermé, et que quelque chose a entrouvert ?
#PratiqueIA #Apprentissage #IntelligenceProjective — Les RH cachent leur usage de l’IA : prudence ou occasion manquée ?